Opinions

Décembre 2020
Il faut se battre contre l’agisme : le cri de colère de Laure Adler

RTBF – Dans quel monde on vit
Publié le vendredi 11 décembre 2020 à 09h01

Écrivaine, historienne mais aussi une grande voix de la radio en France, Laure Adler signe à 70 ans (et 8 mois !) un nouveau livre sur la vieillesse intitulé La voyageuse de nuit.
Avec La voyageuse de nuit, Laure Adler signe une ode à la vieillesse mais mène aussi un combat contre l’âgisme ; c’est-à-dire contre les stéréotypes, discriminations et préjugés à l’égard des personnes âgées.
Découvrez son interview

Octobre 2020
Les frais bancaires, toujours plus élevés ?

RTBF – Le scan
Publié le lundi 11 février 2019 à 20h15

C’est un fait : les frais bancaires ne cessent d’augmenter. Et les banques sont doublement gagnantes. Explications. 
Gesves, en province de Namur : 7200 habitants et un seul distributeur d’argent bpost. Problème : certaines banques ont décidé de pénaliser les retraits de leurs clients dans d’autres institutions financières. À chaque retrait chez Bpost, Isabelle, qui est cliente chez ING doit payer 0,50 euro de “pénalité”.

Pour en savoir plus, cliquez sur le lien : 
#Le Scan : les frais bancaires, toujours plus élevés ?

À lire aussi : 
Bpost revient sur sa décision de faire payer les retraits d’argent

On ne nous demande évidemment pas notre avis. On nous a informé en décembre que les tarifs allaient changer. Je me débrouille lors de mes déplacements pour éviter de prendre de l’argent ici, au village. Mais comment font les personnes isolées ? Ceux qui ne peuvent pas se déplacer ? Eux sont bloquées...” 

10 euros le duplicata, qui dit mieux ? 
Ces frais de retraits d’argent s’ajoutent à la longue liste des tarifs appliqués par toutes les banques du pays. Par exemple : 9,68 euros pour un paiement manuel effectué par un employé. Ou encore 10 euros pour un simple duplicata d’extrait de banques. Des tarifs abusifs, selon Test-Achats. “On peut comprendre que certains services soient payants. Mais il y a des montants qui sont totalement injustifiés“, commente Julie Frère, porte-parole de l’association de consommateurs. 

Pour Febelfin, la Fédération belge du secteur financier, ces frais se justifient. “Chaque banque mène sa propre politique en matière de frais bancaires. Mais pour les retraits d’argent, par exemple, c’est un service très coûteux. Il faut notamment sécuriser les appareils de retrait. Ce sont de véritables petits coffres-fort“, réagit Rodolphe de Pierpont, en charge de la communication.  

Plus de frais, moins d’agences 
Par rapport à certains de ses voisins, les Belges restent épargnés par des frais trop élevés. Les montants sont multipliés ailleurs. Reste que les banques, elles, seraient gagnantes à chaque coup : leurs services se numérisent, le nombre d’employés et d’agences diminuent.
Tandis que les tarifs augmentent. “Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce sont les plus pauvres qui en font les frais. Les clients les plus aisés, ceux qui peuvent investir ou acheter un produit quelconque au sein de la banque, auront souvent droit aux services gratuits“, glisse Bernard Bayot, directeur du Réseau Financité.

Pour Febelfin, ces frais permettraient notamment aux banques d’investir et de faire face à l’avenir. Un calcul plutôt efficace. Les entreprises belges qui dégagent actuellement le plus de bénéfices sont…les banques elles-mêmes.

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Juin 2020
Toute société égalitaire souhaite discriminer sur base de l’âge

Benoît Decerf, Professeur assistant à l’Université de Namur
Publié dans La Libre Belgique, le 10 juin 2020

Durant la crise sanitaire, des choix ont dû être faits en Italie en ce qui concerne l’attribution des respirateurs. Voici pourquoi il était important que les patients les plus jeunes soient favorisés.

Un collectif a récemment rédigé une opinion dans ces colonnes pour s’indigner face au nombre de personnes âgées décédées du coronavirus (NdlR : « Nous nous indignons face au nombre de personnes âgées décédées : la valeur de la vie doit rester la même pour tous », La Libre, 16-95-2020). Si je partage leur tristesse, en tant que chercheur en économie et jugements de valeur, je m’insurge contre certaines des positions morales qu’ils proposent. L’idée principale qu’ils avancent me semble particulièrement contestable : ils suggèrent qu’en allouant les soins médicaux entre différentes personnes il ne faudrait pas prendre en compte leur âge.

Pourquoi la jeunesse doit primer
Pour donner un peu de contexte, pensons à un médecin qui doit attribuer le dernier respirateur disponible entre deux patients dont la survie dépend de l’accès à cette machine. Imaginons que la seule différence entre ces deux patients soit leur âge, disons 40 et 70 ans. Voici deux raisons justifiant de l’attribuer au patient le plus jeune.

La plus évidente est l’égalité. Discriminer en fonction de l’âge permet d’égaliser les durées de vie. Si on donne le respirateur au patient âgé, il vivre plus de 70 ans et le plus jeune 40 ans. A l’inverse, si on le donne au patient jeune, on tend à égaliser leurs durées de vie. Sous cet angle, attribuer le respirateur au patient jeune correspond à favoriser le patient le moins bien loti, c’est-à-dire celui dont la vie a été la plus courte jusque-là. De manière plus générale, il est bon de rappeler que toute discrimination n’est pas nécessairement mauvaise. Lorsque la société distribue des aides sociales, elle discrimine en fonction des revenus, ce qui paraît difficilement contestable. Dans ce cas-ci, il en va de même avec l’âge.

La seconde est l’efficacité. Discriminer en fonction de l’âge permet d’augmenter le nombre d’années de vie sauvées par le traitement. Etant la différence de l’âge, le patient jeune a une espérance de vie résiduelle plus longue que celle du patient âgé. D’un point de vue éthique, prendre en compte la durée de vie résiduelle ne me paraît pas être une « barbarie », mais une forme de bienveillance. Et notons en passant que prendre en compte cette différence n’implique pas que l’on attribue une valeur moindre à une année de vie d’une personne âgée, et certainement pas que l’on considère les aînés comme étant des « poids » ou comme « inutiles ».

Les choix budgétaires
Finalement, dans une société aux ressources limitées, il n’est malheureusement pas possible de consacrer des montants infinis aux soins de santé. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut renoncer à soigner les maladies des personnes âgées. En effet, toute personne a droit à être soignée, quel que soit son âge. Mais lorsque certains traitements médicaux deviennent très onéreux, ils se font nécessairement au détriment d’autres dépenses, comme les dépenses d’éducation ou les investissements dans les énergies renouvelables. A moins évidemment que la facture ne soit transmise aux générations futures via la dette publique. Mais si, on ne veut pas hypothéquer l’avenir, principe invoqué par les auteurs de cette opinion, il faut parfois se résoudre à faire des choix budgétaires qui soutiennent le futur. Les enfants aussi ont des droits.

Mai 2020
Covid-19 et le tri des malades

Jean-Jacques Viseur – Président d’ENEO
Edito publié dans Actualités fédérales, en avril 2020

Article proposé par :
André Brigode
Secrétaire du CCCA Rixensart

Un des aspects angoissants de la crise du coronavirus est l’annonce de plusieurs médecins spécialistes qui invoquent la médecine de guerre et le tri des malades. En cas d’encombrement des structures hospitalières, ils seraient contraints de se livrer à une sélection parmi les malades et de refuser à certains l’accès aux respirateurs indispensables pour une thérapie adéquate. C’est la situation que connaissent les hôpitaux italiens débordés et en manque d’appareils adéquats. Les critères de sélection seraient d’une part l’âge des patients et d’autre part, la gravité de leur état et leurs chances de survie. On a vu que cela s’est traduit, en Italie par une hécatombe des plus de 75 ans.

Pour les personnes âgées, cette logique de tri est lourde de conséquences. Elle signifie éthiquement que, dans des circonstances exceptionnelles, la vie des seniors a moins de valeur que celle de personnes plus jeunes. Même si cette proposition est logique et sans doute inéluctable elle heurte nos sensibilités et est douloureusement ressentie.

Depuis plusieurs années, cette logique de sélection des malades en fonction de leur âge est pratiquée dans tous les pays en tenant compte d’impératifs économiques face aux impératifs de santé. Les progrès de la science ont considérablement élargi les possibilités de la médecine curative. Des opérations délicates, jadis impossibles sur des sujets âgés ou même très âgés sont aujourd’hui techniquement possibles, mais interrogent quant à leur coût. Faut-il pratiquer ces interventions qui pèsent lourdement sur les comptes de la sécurité sociale ? Certains pays ont confié l’analyse de ces situations à des comités d’éthique ou même à des sondages d’opinion. Ainsi, les Pays-Bas ont constitué une commission d’éthique rassemblant des représentants des religions et des courants philosophiques. Cette commission a tranché entre ce qui était souhaitable et économiquement supportable en matière de soins de santé aux plus âgés. D’autres pays, comme l’État de l’Oregon aux États-Unis a consulté la population et introduit une notion morale dans les choix proposés. Le comportement antérieur des malades, leur respect ou non de règles d’hygiène ou de santé peut-il influencer le choix de telle ou telle opération coûteuse ? En Grande-Bretagne, le système de santé repose partiellement sur un rationnement des actes médicaux. Ainsi pour respecter son quota d’opérations d’ablation d’un poumon, un hôpital est confronté à un choix délicat : une seule opération, mais deux candidats atteints d’un cancer du poumon, l’un fumeur et l’autre pas. Le choix fut opéré en faveur du non-fumeur et l’autre malade décéda peu après. Le choix éthique avait été opéré pour des raisons morales.

Des situations de ce type vont se multiplier, partout, dans les années à venir. La crise actuelle révèle, avec brutalité, ce dilemme permanent qui se pose aux acteurs de santé.
Il faut en tirer plusieurs conséquences. D’abord une gestion prévisionnelle de la santé doit intégrer davantage les risques exceptionnels auxquels nos sociétés sont exposées. Tout doit être mis en œuvre pour retarder au maximum des choix aussi douloureux. La réaction de nos pays et les strictes mesures de confinement et de restriction de la liberté d’aller et venir doit ainsi être soutenues, quel qu’en soit le coût.

Ensuite, la santé de tous y compris des plus âgés doit rester une vraie priorité et l’emporter sur une vision économique étroite.
Tout cela nécessite une politique centrée sur la protection de tous même si pareille politique engendre des dépenses publiques importantes. Cela exige une politique fiscale plus juste et une vraie diminution des inégalités. Cela impose une juste contribution aux recettes publiques qui impose à chacun un effort proportionnel à ses revenus. On peut espérer qu’une meilleure prise en compte de cet impératif sera une des premières conséquences de la crise actuelle.
Un peu partout, on souligne qu’il y aura une nécessaire différence entre l’avant et l’après-coronavirus. Espérons que cela se traduira d’abord par cette diminution des inégalités.
Seule cette plus grande égalité pourra convaincre les seniors de se rallier à un contrat social équitable.

J.J. Viseur
Président ENEO